Et si on enlève "Du Sahel", qu'est-ce qu'il reste?


Si tu suis un peu l'actualité, tu as du voir qu'au Burkina Faso en général et à Ouagadougou en particulier, nous venons de vivre notre deuxième coup d'état en 9 mois. Je te remercie d'ailleurs de m'avoir témoigné du soutien, d'avoir pris de mes nouvelles et d'avoir suivi cette aventure au travers de mes posts sur les réseaux et de mes lives sur facebook. Et si tu ne l'as pas fait, je ne t'en tiens pas rigueur. Nous avons tous nos combats, nos joies et nos malheurs. On est ensemble.


Je venais à peine d'emménager dans mon château sahélien, au cœur du Pays des Hommes Intègres, lorsque nous avons appris que l'école française passait en distanciel à cause de manifestations populaires. Je ne me suis pas inquiétée tout de suite.


Parce que les troubles politiques, j'ai ça dans le sang. Je me souviens des bandes armées qui cambriolaient les maisons à Bujumbura quand j'étais petite. Je me souviens du coup d'état d'A.T.T au Mali lorsqu'il a renversé Moussa Traoré. Je me souviens des soulèvements et de la violence latente en Haïti. J'ai toujours composé avec ces situations, j'en ai toujours plus ou moins pris mon parti.


Pourtant, elles pesaient de plus en plus sur la balance de ce choix de vie d'expatriée.

Mais je ne m'en rendais pas vraiment compte.

Je me sentais toujours chez moi dans mes pays d'accueil, je trouvais toujours ça normal de prendre le bon comme le mauvais, je relativisais.


Et puis, samedi dernier, tout en aménageant notre nouvelle maison avec mon amoureux amant et nos trois enfants, on a commencé à s'inquiéter. J'ai eu mal au ventre. L'Institut Français de Bobo a été touché. Puis celui de Ouaga. La bibliothèque a été saccagée, l'espace enfant pillé, la cafétéria dont nous avons célébré la réouverture il y a quelques semaines, détruite. L'Ambassade de France a été prise à partie et le lycée français attaqué aussi.

Il n'y a eu aucun acte direct contre des personnes à ma connaissance.

Mais les intérêts et les symboles français ont été visés.

Et de toute ma vie de nomade, de toute mon enfance et ma vie d'adulte expatriée, ça n'était jamais arrivé.


Alors j'ai dormi en jean, j'ai préparé ma petite valise cabine, j'ai eu peur, encore. On a calé les enfants dans notre chambre et on a mis la clim pour ne pas entendre les bruits des tirs. Et là, j'ai eu honte. J'ai culpabilisé. De faire vivre cette réalité à mon fils. Et mon choix de vie a commencé à me mettre très mal à l'aise.


Dimanche dans la journée, les troubles ont cessé. Le nouveau président a demandé aux populations de vaquer à leurs occupations, de ne pas porter atteinte aux libertés individuelles, de ne plus s'en prendre aux intérêts français.


Nous n'entendions plus de tirs. J'ai enlevé mon jean, j'ai pris un bain.

J'ai eu peur encore. Que ça recommence.


Depuis lors, je ne cesse de m'interroger.

Je pèse le pour et le contre.

J'active la balance.

Je pense à la carte 14 du tarot de Marseille, l'arcane majeure de la Tempérance.


Je me demande: et si j'enlève "du Sahel", à ma signature, qu'est-ce qu'il reste?


Je ressens dans mes tripes les tambourinaires de Bujumbura, je revois les maisons troglodytes du Pays Dogon, je vibre le jus de maracuja, je sens le sable blond du désert de Lompoul, je repense aux pirogues sénégalaises sur la mangrove, aux odeurs épicées du marché Sandaga. Je repense à mes parents blancs, coopérants en Afrique.


Je me demande à quel moment j'ai participé, sans le savoir peut-être, à salir le couvercle de la marmite France-Afrique. Je questionne ma responsabilité.


Et puis aussi, je goûte le lambi gratiné de Port au Prince, le yassa de Dakar, j'entends les rumeurs des mobylettes le long des maquis ouagalais.

Je repense à ma nounou noire qui elle vit en France. Mes parents blancs aussi.


Je me sens coupée en deux.

Déchirée.


Une journaliste de radio classique me demande de témoigner. Mes amis français me mettent en garde: Fanny, tout ce que tu peux dire va se retourner contre nous. On m'envoie des messages personnels pour me conseiller de me reposer, de me taire, de ne pas trop parler de mes sentiments. Parce qu'il faut faire profil bas, se cacher, ne pas la ramener.


Sauf que je refuse de porter sur mon visage les mémoires des colons.

Je ne suis pas là pour payer le discours de Sarkozy à propos de cet homme noir qui n'est pas rentré dans l'histoire.

J'ai choisi de vivre ici, pas de payer pour les autres.

Je ne suis pas là non plus pour m'excuser d'exister, de ressentir, de vivre.

Je ne fais que ce pour quoi je suis bonne: je m'exprime, j'écris, je parle, je partage.

Et je ne le fais pas par rébellion ni provocation.

Je le fais parce que c'est qui je suis.


Cette romancière blanche d'Afrique.

Cette nassarra, toubabou, zoreille, musungu.


Je n'ai pas la prétention de détenir la vérité.

Je ne parle qu'en mon nom et n'implique en aucun cas les autres.

Je transmets mon message.

Et puis je décide que je pars.

Pour de bon, ou du moins pour longtemps.


Parce qu'aujourd'hui, je ne me sens plus chez moi.

Et que finalement, c'est peut-être normal.


Parce que non, je ne suis pas noire.

Même si j'ai vécu 33 ans sur mes 39 en Afrique, dans les Caraïbes et dans l'Océan Indien.


Ce soir, c'est douloureux. J'ai l'impression de trahir une partie de moi.

J'ai peur de la France où je n'ai vécu que 6 ans dans ma vie, dont je ne connais pas les rouages, les moeurs, l"hiver et la covid.

Dans mes livres, tu suis le parcours que j'ai fait dans le monde: tu te baignes dans le lac Tanganyika, tu sens l'odeur de la latérite après la pluie dans le quartier de Sogoniko, tu entends les disquettes faire palabre autour de l'ataya à Dakar, en mangeant des pastels trempées dans la sauce moyo, tu frémis, porté.e par les lwas vaudou d'Ayiti, tu escalades le piton des Neiges ou de la Fournaise.


Possible que dans mes prochains livres, tu sentes davantage les feuilles mortes de l'automne du continent Français. Possible que je devienne cette romancière de la diaspora. Possible que cette lettre soit la première page d'un retour au pays natal.


Avec beaucoup d'amour, d'audace et ma plume,

Je t'embrasse


Fanny.

(tout court)


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